Le sultanat de Yogyakarta, le joyau culturel de Java

Le 26 juillet 2026 vers 12h, mon avion se pose sur la piste de l’aéroport de Yogyakarta, nichée au centre de l’île de Java et bordée par l’océan indien. J’attrape un taxi pour l’hôtel Ibis Style (200k IDR la course). Le centre-ville se trouve à une cinquantaine de km de l’aéroport, il faut compter une petite heure pour l’atteindre.

Yogyakarta, communément appelée Jogja, est un sultanat autonome en Indonésie qui dispose de son propre pouvoir politique : le sultan fait office de gouverneur élu. C’est aussi la capitale culturelle de Java et une ville très attachée à ses traditions séculaires.

L’hôtel IBIS est proche de la gare centrale et de Malioboro Street (5 à 10 min à pied). Je vais y séjourner trois nuits.

J’avais pris contact en ligne, avant de venir, avec une agence locale pour assurer tous mes déplacements autour de Yogyakarta. Et justement, j’ai RDV à 14h avec Wedha, le chauffeur qui a été mis à ma disposition pendant trois jours. Le programme d’aujourd’hui, c’est la visite de Candi Prambanan. Mon objectif est d’arriver vers 15h pour profiter du site de jour puis assister au coucher de soleil. Le chauffeur privé va me coûter 500k IDR pour 5h-6h de temps max.

Wedha est à l’heure. Il nous faudra une petite heure pour traverser la ville jusqu’au parking du site Candi Prambanan qui se trouve à 22 km de l’IBIS, au nord-est de Yogyakarta. Heures d’ouverture : 6h30 – 17h – Entrée : 400k IDR – Ticket acheté en ligne 15 jours à l’avance (https://ticket.injourneydestination.id). Il y a évidemment beaucoup de monde mais le site est assez grand pour ne pas trop ressentir la foule.

L’ensemble des temples de Prambanan, construits entre le 8e et le 10e siècle et classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, constitue le plus grand site hindou d’Indonésie. A cette époque, le nord de Java était gouverné par les hindous et le sud par les bouddhistes.

La visite démarre dans la cour sacrée où trônent fièrement les trois plus grands temples du site. Le plus imposant (47 mètres de hauteur) est dédié Shiva le destructeur, les deux autres respectivement à Vishnu le préservateur et à Brahma le créateur. Chacun est associé à un temple plus petit qui leur fait face.

Les galeries à ciel ouvert regorgent de gargouilles et de bas-reliefs remarquables qui racontent l’histoire de Ramayana.

La balade dans le parc est très agréable. À 800 m de la cour centrale, je tombe sur Candi Sewu, le temple bouddhiste le plus important de Java, après celui de Borobudur bien sûr, que je visiterai après demain. En chemin, je suis passé devant deux temples Bouddhistes plus petits : Candi Lumbung et Candi Bubrah.

Pour mon plus grand plaisir, Candi Sewu n’attire pas foule. Le complexe est disposé en forme de mandala, un plan symétrique représentant l’univers bouddhiste. Au centre se trouve le temple principal, entouré de 240 temples secondaires plus petits.

Le soleil de l’après-midi teinte le calcaire gris froid en un miel doré. Les vieilles pierres baignent dans une lumière chaude.

Il est temps de revenir à la cour centrale pour assister au Sunset. Mais à 17h20, il y a encore du monde autour des temples et je galère un peu pour ajuster mes photos.

Entre 17h00 et 18h00, la terrasse centrale est aussi photogénique que possible. Le soleil couchant fait rougeoyer le ciel et les vieilles pierre. Le spectacle est saisissant. En plus, la foule s’est dissipée, ce qui ajoute à la féérie du lieu.

J’ai pu déambuler à ma guise et sans guide jusqu’au Sunset et j’ai quitté le site à 17h50 après une sympathique balade de 2h30 au milieu des vieilles pierres. Wedha me récupère à la sortie et nous mettrons 45 min pour rejoindre l’Ibis. En soirée, je vais me balader sur Malioboro Street, le poumon de la ville. Malioboro est bordée par la voie ferrée : la gare est à 100 mètres de là et c’est assez surprenant de voir un passage à niveau pour piétons en plein centre-ville.

Malioboro, c’est tout un monde… La grande avenue regorge de boutiques, de bars, de restaurants et de camelots qui battent le pavé pour vendre notamment le batik, le fameux tissu indonésien.

Le batik indonésien est si élaboré qu’il est inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Pour reconnaître le vrai batik, il faut regarder le tissu en transparence : les dessins doivent être les mêmes des deux côtés du tissu (sinon, c’est de l’imprimé). Le batik sur soie est beaucoup plus cher que le batik sur coton.

A la tombée de la nuit, il y a foule sur Malioboro Street et comme un air de fête de la musique. On y circule à pied, en calèche ou en becak, le tuk tuk local. Les passants sont nombreux et ceux qui ne marchent pas sont assis sur des bancs, à papoter. Dans certains restaurants, on mange assis sur une natte posée à même le sol : c’est la marque de fabrique de la ville pour y déguster LA spécialité locale : le Gudeg, un plat de poulet en ragoût de jacquier, servi avec du riz et des saveurs salées/sucrées.

Le lendemain matin, Wedha passe me prendre à l’hôtel pour la suite de mon programme : Candi Selogriyo, le temple caché au milieu des rizières. Mon objectif est de découvrir les belles rizières du centre de Java. Le chauffeur privé me coûtera aujourd’hui 650k IDR pour 6h de temps max. Nous prenons la route à 7h20  

Une de route plus tard, on traverse la petite ville de Magelang en direction de Semarang. Depuis Bandongan, nous filons vers le nord-ouest pour atteindre 30 minutes plus tard le petit village perché de KEMBANGKUNING dans le district de Windusari. On a mis 1h30 pour faire environ 55 km depuis l’Ibis.

Kembangkuning est la porte d’entrée du parcours dans les rizières jusqu’à Candi Selogriyo. Je m’acquitte du droit d’accès (50k IDR) avant de m’engager sur le sentier carrossable à flanc de colline, qui longe les rizières en terrasse et qui mène au temple sacré.

Le temple Selogriyo est un formidable prétexte à une balade champêtre sur un chemin facile qui surplombe les belles rizières en terrasses et les plantations de café et de thé qui caractérisent la région centrale de Java. 

Le stratovolcan Gunung Sumbing se profile en toile de fond à plus de 3300 m d’altitude.

Au bout d’un petit 1800 m de marche facile, j’atteins le sanctuaire hindou bâti à la fin du IXᵉ siècle sur le versant oriental du Mont Sumbing, à 740 mètres d’altitude.

Après cette balade jubilatoire, nous retournons à Yogja vers 13h30 où je change 1000 € à 20 350 IDR (c’est beaucoup mieux qu’à l’aéroport). Je déjeune tranquillement à l’Ibis (100k IDR), avant de me rendre à la gare centrale pour imprimer mon billet de train pour Malang (départ le surlendemain). Le kraton étant fermé le lundi, je vais me faire le tour de ville en becak, le tuk tuk local avec la nacelle à l’avant. Je passe notamment devant la grande place Alun Alun Kidul, qui s’anime le soir avec de nombreux stands de street-food disposés tout autour.

Aujourd’hui, c’est mon troisième et dernier jour à Yogyakarta. Wedha passera me prendre à l’hôtel en début d’après-midi pour la fin de mon programme : Candi Borobudur. En attendant, j’ai toute la matinée de libre et je vais visiter Taman sari (Water palace) dans le quartier du Kraton.  

Je m’acquitte du droit d’entrée (25k IDR) avant de pénétrer dans l’ancien water palace du sultan. Seuls le grand bassin central et quelques galeries souterraines ont survécu. A l’origine, Taman sari était un lieu de plaisir des sens. Le sultan y prenait des bains frivoles en bonne compagnie. De la tour qui surplombe le grand bassin, il pouvait observer ses nombreuses concubines se prélassant dans l’eau.

Le reste du complexe est un petit quartier pittoresque, Kampung Taman, où règne une atmosphère particulière, en retrait du tumulte de la ville. Ici, les gens ne cherchent pas à alpaguer les visiteurs, ils vaquent à leurs occupations en toute quiétude. Les enfants jouent dans la rue, le linge à sécher est étendu dehors, là où il y a de la place, et moi je déambule sans but dans le dédale de ces ruelles chargées d’histoire.

Au détour d’une ruelle, je tombe sur un café-boutique où l’on me propose de goûter le fameux Kopi Luwak, l’un des cafés les plus chers au monde. Je ne m’attendais pas à payer 8€ une petite tasse de café, et encore moins à ce que le grain de ce café fut sorti du cul d’une civette. Pour la petite histoire, cette petite bête serait friande de cerises de café. Elle digérerait la pulpe mais rejetterait le grain intact dans ses excréments. Et ce grain expulsé renfermerait un arôme miraculeux.

Un peu plus tard, je me retrouve dans une galerie souterraine en quête d’une mosquée secrète, Masjid Sumur Gumuling, dont on m’a parlé sur le chemin.

J’ai eu du mal à trouver l’entrée malgré les indications des habitants. Mais l’accès est finalement fermé, je n’aurai pas le plaisir de visiter cette mosquée, ni son jeu d’ombre et de lumière.

Un peu plus tard, je sors de Kampung Taman et j’attrape un becak pour aller visiter le KRATON, le palais du sultan actuel de Yogyakarta.

Les parties du palais ouvertes au public ne sont pas exceptionnelles à visiter. Alors je repense à l’actualité du sultanat de Yogyakarta qui est au cœur d’une vaste polémique qui n’en finit pas d’alimenter toutes les conversations. Depuis mai 2015, tous les regards convergent vers le palais royal où réside le sultan Hamengkubuwono X qui  a décidé de nommer sa fille aînée comme héritière du trône. Pour les défenseurs de la loi salique, à commencer par les frères du monarque, c’est un outrage et les appels à la fronde se sont multipliés afin d’empêcher une femme de ceindre cette couronne vieille de trois siècles. Affaire à suivre…

Après le déjeuner, j’ai RDV à 14h avec Wedha pour la dernière partie de mon programme : Candi Borobudur, le plus grand monument bouddhiste au monde paraît-il. Wedha est à l’heure et nous prenons la route du nord-ouest sur 42 km jusqu’au parking du site. Le chauffeur privé me coûte aujourd’hui 500k IDR pour 5-6h de temps. L’accès au temple est régulé de 08h30 à 15h30 sur des créneaux horaires d’1h30. J’ai opté pour le créneau 15h30-17h afin d’assister au coucher de soleil. Entrée 455k IDR.

L’accès au site est très cadré. Des groupes de 10 personnes sont constitués et partent à l’heure indiquée sur le ticket d’entrée. Mon tour démarre ainsi à 15h30 et il est impossible d’aller sur site avant. Même si le nombre de visiteurs est régulé, cela n’empêche pas la foule sur la plateforme. Je dois m’armer de patience pour faire des photos correctes.

Candi Borobudur est une importante construction antique, bâtie sous le règne de la dynastie Sailendra vers l’an 800. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle constitue le plus grand monument bouddhiste au monde, constituée de 55 000 m3 de pierre volcanique pour une surface de 15 000 m² !

Le soleil de l’après-midi teinte le calcaire gris froid et la vallée de Kedu en un miel doré. Les vieilles pierres baignent dans une lumière chaude.

Ce sanctuaire dédié au Bouddha fut abandonné vers l’an 1100 et redécouvert en 1814 par le lieutenant-gouverneur britannique de l’île, Thomas Stamford Raffles, qui le fit excaver. Dans les années 1970, huit ans de restauration, grâce à la collaboration du gouvernement indonésien et de l’UNESCO, ont permis de lui rendre sa splendeur.

Candi Borobudur compte près de 2700 bas-reliefs relatant la vie du bouddha Shakyamuni. En vue aérienne, ce monument construit sans ciment ni mortier (simplement en emboîtant des pierres !) a la forme d’un mandala qui représente la cosmologie bouddhiste et la nature de l’âme. Constitué de neuf plateformes empilées, il comprend au total 2 672 reliefs de pierre sculptés (cinq kilomètres de bas-reliefs ) et 504 statues de Bouddha assis en position du lotus. Sa terrasse supérieure en est l’élément le plus spectaculaire : les trois terrasses circulaires concentriques qui la surmontent sont bordées de 72 stūpas, des cloches géantes en pierre ajourées protégeant des bodhisattvas. Au centre de l’ensemble, un grand bouddha inachevé médite face à la vallée.

Ce lieu de pèlerinage accueille chaque année le Vesak, une fête traditionnelle célébrant la naissance, l’illumination et le décès de Bouddha. Des milliers de moines et de pèlerins se réunissent en ce jour de pleine lune. Un millier de lanternes de Puja sont libérées dans le ciel à la fin des festivités symbolisant l’illumination de l’univers.

Entre 17h00 et 18h00, les terrasses supérieures sont aussi photogéniques que possible. Le soleil couchant fait rougeoyer le ciel et les vieilles pierre. Le spectacle est saisissant. En plus, la foule s’est dissipée, ce qui ajoute à la féérie du lieu.